Aller au contenu

Traversée VI · Trois-mâts barque · Cap. Richardson

Duchesse d'Orléans

New York → Le Havre · 8 octobre 1846 · 27 jours

Le paquebot à voiles Duchesse d'Orléans, appartenait à la même ligne que le Louis Philippe. Le salon et les cabines étaient situés dans l'entrepont. Mlle De Litram (?) fille d'un banquier de Newyork m'avait annoncé que j'aurais d'agréables compagnons de voyage. En effet, parmi une vingtaine de passagers, il y en avait plusieurs distingués et instruits. Mme Bigelow nièce de Washington Irving brillait au milieu de ces gens intelligents. Nous publiâmes un journal manuscrit hebdomadaire il n'eut le temps de faire paraître seulement deux nos.

Il y avait toujours des passagers voués au mal de mer, une grande négresse jouait le rôle de femme de chambre. Quand le temps était beau, on flânait sur le pont le soir on jouait au Whist.

Un homme plié en deux au bastingage, canne à la main (ouvre une vue agrandie)
« Il est malade », et dans le cadre, en anglais : « sea sick »
Une grande femme noire en robe longue, portant un verre sur un plateau (ouvre une vue agrandie)
« Femme de chambre »

La traversée fut bonne. Au nombre des voyageurs deux pères Jésuites venant du haut Canada. Coiffés de casquettes de fourrures, ils fumaient d'énormes pipes. Rien n'échappait à leurs observations.

Partis le 8 8bre nous eûmes jusqu'au 15 jour de fort roulis, nous vîmes douze (?) le 16 17 18 beau temps nous voiles. La marche est bonne. Le 20 beau temps. Le soir échangeons des signaux parlons au brick anglais

Assez beau temps navires à l'horizon. Nous changeons de… le 19 vu 2 bricks pluie le 21 mer calme avec un 3 mats union (?).

De tous côtés, on voit flotter des pièces de bois, des poutres sur la mer. À 11 heures, la vigie signale un navire naufragé, d'où proviennent les bois flottants que nous avions vus. Nous changeons de course et nous nous dirigeons vers l'épave qu'on voit très distinctement, les mâts sont rasés ; les bastingages emportés la mer passe par dessus le navire. C'est le brick anglais Fortitude de Lynn. Il est probable que l'équipage aura été sauvé par un autre navire passant dans le voisinage. Ce brick naufragé était situé lat 46 longitude 24.41.

L'épave démâtée du brick Fortitude de Lynn, balayée par la mer, un trois-mâts à proximité (ouvre une vue agrandie)
« Brick Fortitude de Lynn — abandonné rencontré lat 46 (?) longitude 24 (?) »
Journal de bord
Date Conditions et position
23–24 oct. Beau temps.
25 Vent S.E vu le brick Glaneur de St Malo. Le 13 (?)
26 Une alouette tourne autour des mats preuve de l'approche de la terre qu'on ne voit pas. orage (?)
27 Calme plat. 8 (?) voiles en vue, un oiseau de terre se réfugie à bord.
28 Un steamer passe à la hauteur du cap Lizzard.
29 Mer calme tirons des bordées pendant la journée on voit les côtes de France.
30 oct. En tirant une bordée nous arrivons en vue du Havre, près de remorqueur. Je, sur le canot de la poste, suis députe (?) pour aller trouver l'armateur et demander un remorqueur sans attendre la marée du lendemain. Le brouillard s'épaissit.
Le pont du navire — mât, gréement, passagers dispersés, un couple assis (ouvre une vue agrandie)
« Flirtation »

Nous montons ensemble sur la vieille tour François 1er. « Comment voulez-vous que je tienne le paquebot au milieu d'un pareil brouillard ? » En effet on ne voyait absolument rien. J'allai à l'hôtel de Normandie pour y coucher. Le lendemain matin, j'étais sur la tour François 1er à l'heure de la marée. Les passagers, comme le navire défilait à mes pieds me montraient le poing m'accusant, à tort, de trahison.

Pages manuscrites originales (2)