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Chapitre II

Railroad · Utica · Chutes de Trenton · Meetings

Nous montons à 6 h du soir dans les voitures du chemin de fer de Schenectady et d'Utica. Il existe, au sortir d'Albany, un plan incliné des plus rapides. On le remonte par un procédé aussi simple qu'ingénieux des wagons chargés de pierres descendent sur une voie remorquant sur l'autre par effet de contrepoids un train de marchandises et de voyageurs une locomotive attend les voyageurs au sommet de la montagne et part entraînant le convoi, franchissant facilement les pentes qui se trouvent de temps en temps devant elle. Le paysage est assez uniforme on domine d'immenses plaines incultes où on ne distingue que des forêts on trouve pourtant, le long du chemin de fer, des fermes, des villages et quelques espaces défrichés.

Nuit de lune sur le canal Érié : un cavalier et son cheval halant un bateau sous des falaises sombres (ouvre une vue agrandie)
« canal d'Érié. environs d'Utica. » — le halage dans la nuit

Arrivés à Schenectady, nous montâmes dans un autre train, qui devait nous déposer à 4 h du matin à Utica. Nous abrégeâmes la nuit, à l'aide d'une gaîté de vingt ans. Le cornet d'un poêle, placé à l'avant de la voiture passait entre les jambes des voyageurs. Il en résultait une chaleur peu supportable. Nous étions les seuls, à causer, à rire et à nous plaindre nos compagnons de route étaient plongés dans un profond sommeil.

C'étaient quatre ou cinq quakers revenant des grandes réunions tenues annuellement à Newyork. Les autres, qui paraissaient être des marchands de l'intérieur, buvaient des tasses de thé, dans les endroits, où la machine s'arrêtait pour prendre de l'eau. Une charmante famille occupait l'un des coins de la voiture. Elle se composait d'un gentleman et de sa femme, élégamment vêtue, qui retenait sur ses genoux deux jolies petites filles profondément endormies. Un vieux quaker aveugle, était assis en face de nous, et à chaque instant il promenait ses larges mains sur nos chaussures, pour sentir si le cornet de poêle n'incendiait pas ses vieux souliers.

Nous étions rendus à 4 h du matin à Utica. Une partie de la journée, que nous avions devant nous fut d'avance consacrée à une excursion aux chutes de Trenton. Nous partîmes dans une voiture légère en dépit de la pluie et des mauvais chemins.

La route qu'on suit, pour aller aux chutes, traverse une contrée pittoresque. Arrivés sur les hauteurs, on domine la ville d'Utica, qui s'étend dans la plaine, au milieu d'un vaste tapis de forêts. On distingue plus loin, un grand édifice, asile ou hôpital. Les chutes sont situées à environ 20 kilomètres de ce point là. Dans le trajet, nous rencontrâmes plusieurs fermes apparaissant au milieu de gracieuses solitudes. Des chevaux des vaches paissaient à l'entour. On n'y retrouvait rien du désordre et de la saleté, qui régnent dans les cours de nos fermes françaises. Nous vîmes aussi quelques villages composés de peu de maisons et plusieurs églises situées dans des endroits d'accès facile. Le bois remplace la pierre dans leur construction. La forme gothique paraît être l'architecture préférée. Un long hangar de bois est l'appendice obligé de toutes ces églises dans la campagne.

La double cascade des chutes de Trenton sur des gradins de roche (ouvre une vue agrandie)
« chutes de Trenton » — l'amphithéâtre de granit couronné de forêts séculaires

Il abrite les voitures des fermiers, qui viennent de loin à […] du Dimanche nous croisâmes sur notre route, plusieurs de ces chars assez élégants. Les fermières sont des dames où en juger par leurs toilettes qui est celle des dames de petite ville. Après nous être arrêtés plusieurs fois pour recueillir quelques indications sur la route suivre, après avoir suivi des chemins de traverse ravinés par la pluie, perdus au milieu des bois, ne voyant, en fait d'êtres vivants que des corbeaux et des pies, nous atteignîmes l'hôtel, près duquel se précipitent les chutes. Il était fermé. Ce n'était pas encore le moment de la villégiature. Nous laissâmes notre voiture sous hangar, pour traverser un bois qui devait nous amener par sentier, au point désiré. Il est difficile de trouver un site plus beau et plus sauvage. Après avoir marché quelque temps sous des arbres gigantesques un escalier à moitié brisé nous permit de descendre sur les bords du torrent qui coule au fond du précipice. On remonte ses rives escarpées à l'aide d'une chaîne fixée dans le rocher qui surplombe sur vos têtes en vous menaçant de ses arbres à moitié déracinés à la cime et pendant sur l'abîme. On arrive ainsi à une première chute de la rivière. Son bruit répond au bruit d'une 2me chute. La couleur sombre des eaux reflète la verdure des montagnes qui l'entourent.

La vallée s'élargit elle forme un amphithéâtre de rochers granitiques couronnés au sommet, de forêts séculaires. On arrive de détour en détour au pied de la deuxième chute. Elle se partage en trois cascades, c'est en cet endroit si escarpé qu'une jeune fille de Newyork trouva la mort en 1827. Elle disparut dans le gouffre au moment où l'attention de ses compagnons était captivée par la vue des chutes. Des oiseaux couleur pourpre des oiseaux bleus des rubis au poitrail doré voltigeaient autour de nous tandis que les hirondelles rasaient d'une aile rapide les eaux verdâtres qui succèdent à la chute.

Nous grimpâmes ensuite par un escalier grossièrement fabriqué de troncs d'arbres jusqu'à un petit kiosque perché au dessus des chutes nous pûmes mieux admirer l'ensemble de la scène, éclairée par un coup de soleil imprévu. Après avoir gravé nos noms sur un vieux chêne que nous ne reverrons jamais nous regagnâmes le voisinage de l'hôtel.

Deux écureuils semblaient vouloir nous disputer la possession de la vieille remise, ouverte à tous les vents, où nous avions attaché notre cheval. Notre contenance déterminée les mit en fuite. Nous étions de retour à Utica à la nuit tombante.

Ce jour là, c'était un Dimanche, la ville était silencieuse comme un tombeau. Nous visitâmes plusieurs églises dont les fenêtres paraissaient illuminées. Quelques jeunes filles, en élégantes toilettes, assistées d'autant de jeunes gens essayaient de déchiffrer dans l'une d'elles. Des morceaux de musique sacrée Des livres et des cantiques jonchaient les bancs de la congrégation. C'était une église épiscopale (rite anglican).

Nous vîmes, dans un autre temple une réunion de Mormons secte qui venait de naître. Ils étaient entassés dans une grande salle écoutant attentivement un orateur sorti de la foule.

Ce qui nous surprit le plus, ce fut l'aspect grave et triste d'une congrégation presbytérienne ou Méthodiste. Tous les membres de l'église peu nombreux du reste, étaient groupés au milieu de la nef. Ils chantaient des psaumes dans l'attitude du plus profond recueillement, une flûte, placée dans une tribune essayait de guider la psalmodie générale. Nous perdions notre sang-froid quand les yeux, surmontant toutes ces bouches ouvertes se tournèrent de notre côté nous regagnâmes notre hôtel pour y trouver une nuit de repos après celle que nous avions passée dans les wagons de Schenectady.

Pages manuscrites originales (5)