Traversée I · Trois-mâts barque
Louis Philippe
Le Havre → New York · novembre 1841 · 35 jours
Parti de Lyon dans les premiers jours de 9bre 1841 arrivé à Paris après 60 heures de diligence, je repris une autre diligence pour le Havre. Des hauteurs d'Ingouville, je distinguai au loin la mer avec laquelle je devais faire plus ample connaissance.
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Je descendis au Havre, à l'hôtel de l'amirauté situé sur le port. Je voyais de ma fenêtre amarré dans le bassin, le 3 mats Louis Philippe sur lequel je devais m'embarquer ; le vent resta contraire pendant 15 jours. Tous les matins j'allais à bord et je rentrais à l'hôtel avec cette invariable réponse : vent contraire. Départ ajourné.
Ma seule distraction était d'aller passer la soirée chez deux vieilles filles laides et grisonnantes. Elles avaient avec elles un neveu factotum chargé des formalités de Douane. Leur vieux père accroupi dans un grand fauteuil ne parlait que des anciens jours. Ce respectable vieillard, impotent me donnait sa bénédiction tous les soirs. C'était un intérieur triste, poussiéreux qui donnait des indices de gêne patiemment supportée.
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Enfin, après une longue attente de 15 jours, qui commençait à lasser ma patience, on me dit à bord, un matin : nous allons partir et, à l'heure de la marée, le navire déploya ses voiles et nous filâmes lentement entre les jetées.
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Nous avions devant nous, un autre 3 mats américain, le Charles Carrol. C'était ce navire qui onze ans auparavant avait emmené Charles X fugitif en angleterre. Le Louis Philippe navire de 600 tonneaux était minuscule à côté des steamers de 50 ans plus tard. Il était commandé par le capitaine Castoff vieux loup de mer rude marin plus fort sur la pratique que sur la théorie, mais très bon manœuvrier. Il avait les bras tatoués et manquait d'éducation. Il voulait épouser Mlle Virgile, sœur du maître d'hôtel où il logeait. Se voyant refusé, il mourut de chagrin, dit-on, quelques années plus tard. Quand les steamers eurent remplacé les navires à voiles, le Louis Philippe passa sur une autre ligne, fit naufrage et ne reparut plus.
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La Dunette petit édifice en bois, peint en vert, était situé à l'arrière du pont du bâtiment, les matelots pouvaient circuler tout autour de la dunette, pour la manœuvre des voiles. Les petites fenêtres des cabines, ou on couchait, donnaient sur le pont. J'ai encore dans l'oreille le souvenir des chants des matelots, soli et chœurs plaintifs, quand ils tiraient en mesure les cordages près de ma lucarne. Le milieu de la Dunette, bordé de chaque côté par les portes des cabines était éclairé par un ciel ouvert. Le mat d'arrière traversait la table à manger. C'était dans ce petit espace où se passait toute la vie du bord.
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Au dessus de la Dunette se trouvait une promenade bordée de cages à poulets sur lesquelles on pouvait s'asseoir. On voyait au dessous, le pont encombré de mats de rechange, de tonneaux d'eau, et de la cahute qui servait de cuisine, quelques moutons, des petits porcs, et une vache, habitaient de grandes cages en bois. Le capitaine offrait chaque matin une tasse de café à un gros mouton qu'il avait défendu de tuer. Il y avait loin de cette installation primitive, à celle des grands steamers, qui remplacèrent les navires à voiles.
Nous eûmes rarement du beau temps et des vents favorables. Enfin, après 35 jours de navigation, nous arrivâmes en vue de terre. Nous trouvâmes un pilote en mer la veille de l'arrivée. Il monta à bord en habit à queue d'hirondelle, coiffé d'un chapeau monté et s'empressa de sortir d'un sac des journaux américains.
Nous jetâmes l'ancre dans la basse baie, au delà de Sandy Hook, pour y attendre un remorqueur, qui ne parut que le lendemain. Les bords de la baie étaient blancs de neige ; il faisait un froid vif ; après une dernière nuit, passée à bord, nous vîmes arriver le remorqueur pour nous conduire au quai à Newyork.
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Ma première impression fut triste. Les maisons de briques rouges étaient couvertes de neige. Les voitures étaient remplacées par des traîneaux. Je trouvai en débarquant, mon cousin Charles Payen (?), qui m'attendait sur le quai.