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Traversée II · Trois-mâts barque · Cap. Castoff

Louis Philippe

New York → Le Havre · 24 septembre – 14 octobre 1844

Après 3 ans de séjour à Newyork, je pars le 24 7bre 1844 à bord du même navire sur lequel j'étais arrivé à Newyork en Xbre 1841. Voici quelques notes crayonnées jour par jour.

24 septembre. Des émigrants, cachés à bord, avec l'espoir de passer inapperçus pour retourner en Europe, sans frais, sont chassés à coups de corde. Nous sommes remorqués à longue distance par un bateau à vapeur du port, un matelot ivre, embarqué contre son gré, se précipite dans la mer. On envoie un canot le repêcher. Le remorqueur marchant toujours, il était loin quand les gens du canot purent le saisir. On le ramena à bord inerte, à moitié mort. Il s'en tira et je le revis actif et bien portant les jours suivants.

Nous jetons l'ancre au S.W. Spit pour attendre la marée du lendemain.

Journal de bord
Date Conditions et position
25 sept. À la voile à 7 heures ; passé le Hook à 9 h. avec pluie et vent SE, passons près du lightship (phare flottant). En vue, le paquebot Iowa qui navigue dans la direction de Newyork.
26 Vent NE. Pluie ; en vue le brick Partridge de Bath. Deux oiseaux se posent sur les cordages du navire. Mal de mer.
27 sept. Pluie, malade, vent arrière S.W.
28 Resté au lit jusqu'à 2 heures. Calme avec un fort roulis ; passons des herbes flottantes.

29 septembre. Santé meilleure ; à 8 h. du soir violent coup de vent de N.W. Superbe allure du navire emporté avec une vitesse formidable au milieu de l'écume. Vagues énormes. Le 3me officier qui était furieux de ce que j'avais fait un croquis avec pièces au fond de son pantalon me dit « vous n'avez jamais vu de baleine ? non : eh bien, montez en haut de l'escalier de la Dunette et tenez vous bien. » Je montai. Au même instant une vague, en frappant les flancs du navire, m'inonde et me jette sans dommage, mais tout mouillé, sur le pont. Cet homme laid et désagréable était perpétuellement de mauvaise humeur. Il avait laissé une jeune femme à Newyork et avait des accès de jalousie.

Le 3e officier vu de dos au bastingage, chapeau et pantalon rapiécé (ouvre une vue agrandie)
Le croquis qui mit le 3e officier en fureur
Un brick à deux mâts sous voiles (ouvre une vue agrandie)
« Brick Partridge de Bath »
Journal de bord
Date Conditions et position
30 sept. Mer très forte. Vent arrière avec des ris dans les voiles ; nous voyons un navire à la cape. Lat 42.13 / longitud 57.59 (?). Ce soir je suis monté sur le pont de la Dunette, à minuit causé avec le 2me officier. Bonne brise, voiles et bonnettes dehors.
1er oct. La mer s'est calmée. Vu ce matin un navire faisant voile à l'ouest à 2 h. Vent W.N.W passons un navire voguant dans la direction de Terre neuve ; causé sur le pont avec le capitaine jusqu'à minuit.

2 octobre. Beau temps. Fort roulis, sans que la mer soit houleuse.

Nous passons au milieu de plus de 50 goélettes américaines pêchant la morue à la ligne. Nous les voyons retirer à chaque instant d'énormes poissons. Parlé au schooner Balance de Marblehead plus près de nous que les autres. Lat: 44.4 (?) / long. 51 (?). Nous apercevons un cachalot signalé par son jet d'eau. Ses flancs noirs et luisants apparaissent de temps en temps au dessus des vagues. Vent W.N.W faible 3 à 4 miles à l'heure.

Le trois-mâts au milieu des goélettes morutières des bancs de Terre-Neuve (ouvre une vue agrandie)
Au milieu de plus de cinquante goélettes américaines pêchant la morue à la ligne sur les bancs
Journal de bord
Date Conditions et position
3 oct. Ce matin le vent a changé. Toute la journée nous avons filé au plus près contre le vent de bout. Ce soir le navire danse fortement.
4 oct. Vent toujours contraire. Dirigeons SE allons au plus près lo 41.18 la 44.13 mer passable. Un brick à l'horizon.
5 oct. Vent encore contraire allons au NE en serrant le vent. Beau ciel, mer magnifique. Le soir le vent tourne au S grand largue 8 miles à l'heure.
6 oct. Vent frais du Sud. Beau temps 11 nœuds à l'heure. Passé la matinée sur le pont, admirant l'allure du navire penché sur le côté mais filant sans secousses. 13 nœuds ! Vu un navire à l'horizon. Le soir le vent fraîchit on rentre les bonnettes courons de 10 à 11 nœuds vent arrière.

7 octobre. Bon vent S grand largue. Dans les derniers 24 h. nous avons parcouru 274 miles et gagné 52 m. de latitude longitude 31.50 avons passé la nuit avec des ris dans la voilure. Il pleut. Le soir temps nuageux vent W 10 à 11 miles à l'heure grosse mer nous portons trop de voiles.

Vue du pont : les matelots alignés sur la vergue, serrant la voile (ouvre une vue agrandie)
Serrant les voiles dans le coup de vent des 7–8 octobre — « on entend les cris et les chants des matelots »

8 octobre. Le capitaine est hardi. Un coup de vent emporte une bonnette et casse 2 vergues. À minuit, nous filons vite. La nuit a été orageuse. Toute la journée pluie 11 miles à l'heure lo 26.30. Le soir beau ciel. Puis de gros nuages noirs, accourus de l'horizon, amènent une tempête subite et de violentes rafales de vent. Le navire plonge et roule fortement, au milieu du bruit de la Tempête, on entend les cris et les chants des matelots qui replient les voiles. Les vagues tombent sur le pont à chaque rafale nouvelle le navire file emporté avec une effrayante rapidité.

Journal de bord
Date Conditions et position
9 oct. La nuit dernière a été orageuse et mauvaise. Le roulis était tel qu'il était impossible de dormir. Toute la journée grosse mer. Le temps ne s'améliore pas vers le soir. la 48.39 lo 19.
10 Mer très haute. Vent favorable. Beaucoup de roulis. 8 à 10 nœuds à l'heure. Vu, de loin, un navire supposé être un paquebot de Liverpool. lo 15.09.
11 Bon vent. 6 miles N de Scilly. Vu 3 bricks. La terre est en vue lo 9.9. Le soir vent S.E avec pluie.
12 Ce matin, mer houleuse et forte pluie. Vent contraire. Les vagues balayent le pont. À 5 h la mer se calme, le vent tourne et nous filons 10 nœuds à l'heure. Ce soir promené sur le pont, à 10 h l'écume autour du navire est phosphorescente. Il se maintient incliné sous le poids de ses voiles. Un matelot perché sur l'avant dernière vergue du grand mât, cherche à découvrir les phares de la côte anglaise. On aperçoit les feux d'un gros navire.
13 Nous remontons la Manche. Vent presque de bout tirons des bordées mer houleuse. À 7 h. nous sommes à la hauteur de Start-Point à 2 h. nous longeons les rochers des Gasquets, côte déchiquetée, endroit dangereux. Plus loin, la côte de France est distincte avec ses maisons ses prés et sa verdure. À 4 h nous prenons le pilote ; à 7 h. nous voyons les phares de Cherbourg.
14 oct. Arrivée au Havre, où nous entrons à l'heure de la marée.
Pages manuscrites originales (4)