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Traversées X–XI · Vapeurs américains · Cap. Luce · 1851–1852

Franklin · Arctic

New York → Le Havre · Liverpool → New York · 1851–1852

X — Franklin, New York au Havre, 10 mai 1851. Le Franklin appartenait à une nouvelle ligne américaine de Newyork au Havre. L'hélice n'avait pas encore remplacé les roues mais les paquebots à voiles avaient disparu. Cette ligne relâchait à Cowes dans l'île de Wight, le steamer en faisait le tour entrant d'un côté sortant de l'autre. Cette traversée dura 13 jours avec un assez beau temps.

XI — Arctic, cap. Luce, Liverpool à New York, janvier 1852. Le steamer Arctic appartenait à la même Cie que le Pacific. Nous eûmes une traversée de 12 jours. Le capitaine Luce, excellent homme, poli, réservé était sujet au mal de mer, quand le temps était mauvais. À bord belle installation luxe et confort. Nous eûmes souvent des gros temps, des mers agitées, du froid. Roulé dans une couverture j'essayais de dormir sur les canapés du salon, maugréant contre ma destinée qui me forçait à être ballotté de la sorte sans trouver la fortune au bout.

En arrivant près de Newyork à la hauteur de Newport, nous fumions après dîner quand une violente secousse nous fit sauter sur nos sièges. L'arrière venait de toucher. Le capitaine se précipite sur le pont, sans casquette criant bâbord bâbord ! Le navire se penchant, en tournant se dégagea et reprit sa route nous en fûmes quittes pour la peur.

L'Arctic se perdit la même année avec presque tous ses passagers. Il n'y eut qu'un canot de sauvé. Il sombra après une collision avec le navire à vapeur français, Vesta qui ramenait en France plusieurs centaines de pêcheurs des bancs de Terre neuve. Le Vesta plus abîmé que l'Arctic parvint à regagner Terre neuve peu distante en aveuglant la voie d'eau.

Les mécaniciens avaient lâchement abandonné l'Arctic. Ils se sauvèrent dans un canot mais cette embarcation surchargée coula et ils furent tous noyés. Je vis à Newyork un français qui était à bord du seul canot qui fut sauvé. Il me dit que c'était un spectacle affreux de voir tous les passagers réfugiés sur la dunette couler à l'eau comme une grappe trop mûre avec des cris et des scènes de désespoir.

Le capitaine Luce coula avec son navire. Il fut recueilli 24 heures après sur une épave du bâtiment remontée à la surface.

Un matelot du Vesta qui avait sauté à bord de l'Arctic fut aussi recueilli le lendemain par un des nombreux navires qui sillonnent ces parages. Il avait fait vœu, s'il était sauvé, d'aller en pèlerinage à N-Dame de Fourvière. Le capitaine Luce renonça à la navigation et devint courtier d'assurances maritimes.

Pages manuscrites originales (1)